Jet de spi aux portes des Shumagin Islands, par CZH

Lundi de Pentecôte, jour faste.

Entre deux nuages anthracite se glissent des rayons de soleil bienvenus. Un peu de bleu électrique, la toundra vire au vert pomme. "Finalement j'aime bien le vert aussi" médite Philippe. Même que ça l'inspire, dirait-on. On appareille vers Nagai Island.

Karin me regarde, une lueur un peu atterrée au fond de l'œil :

– Il paraît qu'on envoie le spi
– Le spi ?
– Oui, Il a dit le spi
– Pas le yankee ?
– Non, non le spi…

Bon, ben vas-y pour le spi (vous savez cette petite voile perfide qui vous réserve plus d'un mauvais tour dans son sac).

Les conditions mer semblent réunies. Les conditions équipage : bonne humeur du cap'tain et bonne volonté pataude de ses deux sbires.

On prépare les écoutes, amarre la drisse sur la poupée du guindeau pour un étarquage hydraulique (je sais, je sais c'est très technique !) … Et Hop… ! 

Un coup à l'envers (mais ça on a l'habitude).

Un coup en chandelle (mais ça c'est la faute de l'étai qui nous barre la route).

Un coup pour le fun : notre spi-perfide nous nargue, se baladant, inaccessible, de-ci de-là appuyant les à-coups de la houle. Faut le rapprocher.

Puis on en vient à la question métaphysique d'un autre cap'tain, Haddock de son p'tit nom et de la barbe dessus ou dessous le duvet.  Le spi ? devant ou derrière l'étai ? devant ou derrière la drisse ?

Les embuches ne manquent pas. Le nid de pie s'en mêle. Ça bloque. Va falloir affiner les réglages… Bon gré mal gré, avec des poches partout, on avance à 3 nœuds.

– "Youhou ! Héhé … les filles … on va pouvoir aller aux Marquises sans une goutte de gasoil !"

En attendant, le courant rapplique, la vitesse chute à 1 nœud. On remballe.

– Le spi dans le sac , y a un sens ?
– Non, de toute manière, on se goure toujours quand on l'envoie.

Tandis que, pensive, je love les écoutes : SPCHCHCHCH… sur bâbord , une baleine racle ses bronches.

 


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