Premièrement, l'océan c'est pas Marinland. Alors faut pas s'attendre à voir des numéros de baleines passant et repassant à la queue le leu. Avec des mouvements gracieux de la caudale et des souffles à jets synchronisés. Les baleines grises, vois-tu, à ce moment là de l'année elles arrivent de Californie. Elles ont à peu près 5.000 miles dans les pattes (on dit des pattes pour une baleine ?) et elles sont attendues dans ce terrible goulet, cette passe traîtresse par des bandes d'orques rusés aux dents affûtées qui les traquent pour mieux les échouer sur les hauts-fonds. Autant dire qu'elles font pas les malines. Que même si elles pouvaient traverser en apnée totale ça les arrangerait certainement. Elles passent donc, profil bas et queue entre les pattes (t'es vraiment sûre pour les pattes ?). Les jets ? Discrets et rares dans la houle et le crachin.
Comment ça :" houle et crachin ? " Ici parler du temps c'est tabou. Le temps tu le prends tel qu'il est, comme il vient. De toute manière…hein ? Bon.
Encore un truc de Blancs ça de vouloir prévoir le temps.
Et puis d'abord si tu voulais du soleil et des sauts de baleines t'avais qu'à aller en Californie.
Ici, à bord du Manguier, on cultive la PHILOSOPHIE. Notre captain', parfois il nous sort de ces citations poétiques !!! Du style heuu : " Vagabundo, il n'y a pas Un Chemin mais c'est en marchant que tu trouves ton chemin… " en plus il te le sort en espagnol, ça te scie ! ah tiens ! ça m'en rappelle un du même genre : Lao Tseu : " Le parfait voyageur ne sait où il va ".
Ben somme toute, pas mécontente de ne pas avoir assisté à une scène de carnage grandeur nature entre killer whale et baleine grise. On leur souhaite bonne route et surtout bonne bouffe en mer de Behring (puisqu'elles y vont pour faire du lard).
Nous, on repart vers les Iles Shumagin par le chemin des écoliers. Aujourd'hui, battant la dune entre rivage, ours brun et lagune sur fond de montagne éclatante de neige, on a trouvé des centaines de fraises en formation, dorlotées par le sable et la mousse. A chaque jour suffit son lot d'émerveillements…

