Une journée vachement paisible, par Karin H.

Nous projetions pour cette saison 2011 une odyssée trans-béringienne en quête de la Grande Vache de Mer de Steller. Vous aurez peut-être subodoré que la quête du sirénien géant est ajournée. Raisons administratives et financières. Dirons-nous.

Mmmm…ouf !  quelle satisfaction, hier soir, en pénétrant par pétole molle dans le havre nord-ouest de l'île Sanak  -une petite île même pas baignée par la mer de Béring, une petite île sagement posée dans le Pacifique à 20 milles de la péninsule alaskane. Quelle satisfaction, mmmm, d'apercevoir sur la  rive : des vaches ! Des vaches rousses, à quatre pattes, bien terrestres et de taille raisonnable (on pouvait en juger car, pour donner l'échelle, l'île présentait aussi deux maisons de planches gracieusement écroulées et quelques pierres tombales dans un enclos). Certes, ces bêtes doivent avoir quelque chose d'extraordinaire car elles vivent dans une île désertée, sous un des pires climats nordiques, sans personne pour leur donner du foin en hiver. N'empêche : ces vaches d'aspect familier adoucirent encore notre arrivée. Que dis-je, associées aux roches que la vive eau découvrait et aux cris des huîtriers pies, elles nous transportèrent, dans la bonne vieille Europe, les Chausey ou l'île de Batz… Leur taureau les emmena bientôt hors de notre vue.

Nuit si calme que Phil pensa que le Manguier était posé au fond.

Journée neuve dédiée à la promenade à terre. Deux petits monts dont l'un a une forme de volcan nous rappellent que nous sommes sur la Ceinture de Feu du Pacifique. De là haut, nous contemplons les chaussées d'écueils en mer, la toundra trouée d'étangs, les points bruns des libres vaches paissant à leur guise. Une île à vaches c'est évidemment une île sans ours ! Au retour, les Mangonautes s'égaillent sereinement, chacun à son rythme, qui déterrant des pissenlits, qui collectant des épaves de bouées, qui s'enthousiasmant pour les cités miniatures organisées par campagnols ou lemmings sous l'épais matelas multicolore de la végétation naine. On en voit certains se prosterner, le nez dans les mousses et les fleurettes.

Nous embarquons dans l'annexe. Le vent a fraîchi pendant que nous nous baladions, il porte vers le Manguier. "Nous sommes un Navire Écologique, déclare Captain Phil, fièrement et fermement, utilisons les Énergies Alternatives !" Les Mangonautes, debout, se donnent le bras, à nouveau soudés, et font voile de leur corps. Aldona ouvre sa veste, en déploie les pans. "J'envoie la bonnette !", j'annonce en l'imitant. Christian, assis sur le boudin au vent,  tient une pagaie en guise de gouvernail de bau (le Zodiac est travers à la brise) "Capitaine, je vais où ? avec toutes ces voiles on n'y voit plus grand chose".

 


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