Rhinea et Delos, par Ph. Rigaud

Le lendemain, après avoir sarpé le fer, nous faisons route avec le beau temps vers Delos petite île et grande renommée. Sur le chemin la baie de à Paros nous accueille juste pour le repas de midi, une petite halte au soleil.
Cheminant tranquillement nous découvrons peu à peu l’archipel comprenant Mykonos, très construite, puis Delos et Rhinea proches voisines.
Comme il n’est pas autorisé de stationner ou de mouiller à Delos, nous allons passer la nuit dans une baie de Rhinea orientée au sud en raison d’un vent annoncé plutôt fort. Rhinea est une assez grande île non habitée divisée en deux parties reliées par un isthme assez étroit. Dans la nuit la pluie tombe fortement, le lendemain suite à un changement du vent (N.O.) et toujours de la pluie nous rejoignons une autre baie à l’opposée de la précédente. Une journée entière se passera à bord, la pluie et le vent ne cessant pas.
Enfin, nous prenons possession de l’île en mettant l’annexe à l’eau.
Le paysage est plutôt austère, des champs bordés de murs (comme dans toutes les Cyclades visitées), des cabanons blancs dispersés dans les collines.
Tout proche et même en face de nous des ruines un peu énigmatiques se dressent. Elles ne semblent pas antiques mais plutôt d’époque moderne. En fait nous sommes dans la baie du lazaret et ces restes de bâtiments entourés de murs éboulés, aux portes béantes, sont celles d’un lieu de quarantaine. En réalité il ne reste plus grand-chose de ces grandes structures, il semble qu’après l’abandon elles aient été pillées (les plus belles pierres…) à la suite, le vent, la mer et le temps ont fait leur travail de destruction.
Il se dégage de ces lieux oubliés une impression de bout du monde (encore un) impression accentuée par les nuages bas, le vent et la pluie qui ne veulent pas nous lâcher.
Au bout d’un temps de divagation nous sommes obligés de regagner le bord non sans s’être mis à l’abri sous la tonnelle d’un cabanon en bordure de mer afin de laisser passer un de ces nombreux grains qui balayent Rhinea.
En vrai, l’île paraît habitée mais sans doute pendant la belle saison car on y trouve des poules, des ânes et des moutons mais en ce début décembre il semble bien que ce soient les seuls habitants, avec nous de passage.
Comme il ne paraît pas y avoir d’améliorations dans les jours à venir nous restons encore deux jours que nous mettrons à profit pour continuer la visite du site, en particulier vers l’isthme reliant le nord et le sud.
A cette occasion nous nous livrons à une belle récupération d’objets divers rejetés par la mer sur les plages: de nombreux flotteurs de filets (ils feront de beaux colliers), des rapalas pour la pêche (à rafraîchir tout de même), de bons cordages, quelques jolis cailloux et coquillages vont compléter la récolte.
Parmi tout ces relaissés de la mer on peut déplorer tout de même l’invraisemblable quantité de bouteilles en plastique sans oublier les nombreux autres rebuts de la société de consommation…
Le lendemain de cette visite et cueillette, mais un peu tardivement (on prend l’habitude de traîner un peu le matin…) on se décide de partir pour Delos avec l’annexe. Ce qui se fait après le repas de midi et rapidement sur une mer encore assez formée on rejoint le débarcadère de l’île sacrée.
Arrivés là, personne dans le bâtiment d’accueil, bon, on commence d’un bon pas la visite des ruines (souvent monumentales pour ce qu’il en reste) et on se dirige vers le musée. Surprise, on ouvre pour nous en exclusivité. Il est vrai que nous sommes les seuls visiteurs, mais immédiatement, un gardien nous précise, en français, que l’on dispose de très peu de temps, ils ferment à 15h et à l’issue de cette heure fatidique on doit quitter les lieux.
On disait dans l’Antiquité que nul ne devait naître ni mourir sur le sol sacré de l’île d’Apollon. D’une certaine manière, la vieille ordonnance s’applique encore actuellement.
La visite du musée se fait donc un peu au pas de course et nous permet rapidement (trop) de voir quelques merveilles (fresques, mosaïques, sculptures surtout) et objets du quotidien.
On rendra au passage un hommage au commandant Dominique Carlini, qui dans les années trente du siècle passé, avait pris beaucoup de temps à relever des graffiti navals qui avaient été réalisés sur les enduits des maisons, à l’époque récemment fouillées. Justement, dans le musée, un panneau d’enduit présente quelques uns de ces graffiti: des trières à la voile et à la rame, superbes.
On regrette seulement d’être arrivés un peu trop tard. Il faudra revenir.


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