Santorin, entre rouge, noir, blanc et bleu, par Ph. Rigaud

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Lorsqu’on pénètre dans l’immense caldera de Santorin ou Théra, on a une impression assez étrange. La hauteur des falaises plongeant dans la mer, colorées de rouge, noir et de blanc, pour finir dans le ciel couronnées de maisons blanches et bleues, contribue efficacement à cette perception de gigantisme qui marque tout de suite le visiteur arrivant de la mer (nous).

Comme nous nous mettons au mouillage au pied de l’agglomération de Oia à la base de cette énorme amplitude qui nous surplombe, vient à la pensée une réflexion sur les forces qui mirent en œuvre cette fantastique réalisation de la nature.

Peu à peu après notre arrivée et débarquement à terre -près d’une petite marine qui doit accueillir les bateaux emmenant les touristes, mais pour nous en ce mois de novembre, elle est quasi déserte- nous entamons la montée vers le village en suivant un chemin bien raide, en lacets, placé sous la menace des coulées de cendres (froides) ou la chute de blocs qui pourraient se détacher des parois.

De fait, nous ne subissons aucun incident, mais cela doit se produire de temps en temps puisque nous constatons que le chemin est plein de petites pierres rouges ou noires. De même, dans un virage un gros bloc de matière ignée et noire obstrue en partie la voie et a fait un trou dans le mur de protection. Il vaut mieux ne pas trouver là au mauvais moment…

Comme partout (?) depuis que nous visitons les îles, nous constatons que la vie se passe l’été, la plupart des maisons sont fermées ainsi d’ailleurs que les commerces (tavernes, restaurants, galeries…). Ce village de crête bien léché tout blanc et bleu nous parait comme un bel endormi mais sa fréquentation estivale doit ressembler à une foire touristique où tous les goûts se côtoient, du pire au moins bon.

Nous décidons spontanément de prendre un bus qui nous conduit en vingt minutes au village suivant, également sur le bord du cratère. En route nous sommes surpris de voir que le littoral nord, loin d’être aussi abrupt et spectaculaire, descend en pentes relativement douces vers la mer. S’il est mité de maisons, il paraît bien plus voué à l’agriculture, qui fut sans doute l’une des richesses de l’île avant l’invasion du tourisme. Effectivement, de nombreuses restanques descendent vers le bord de mer mais ne paraissent plus cultivées.

Le village de Fira ou Thera (la capitale) ressemble un peu à Oia mais semble encore plus touristique et en fait sans grand intérêt. En montant la rue depuis la station de bus, nous remarquons le musée préhistorique de Santorin qui est le musée du site d’Akrotiri.

Je décide d’aller voir de plus près et bien me prend. Les objets présentés sont en relation avec la vie au XVIIe siècle av. J.C., période d’abandon du site principal en raison de la fameuse catastrophe qui forma le site actuel. Les célèbres idoles cycladiques sont exposées ainsi que de nombreuses pièces d’artisanat, notamment de remarquables céramiques décorées et dont le style paraît étonnement contemporain. Peu de représentations humaines, mais plutôt végétales et animales (sur de grandes jarres peintes, la présence de dauphins bondissants mêlés avec des oiseaux volants). De même, le site a livré de nombreuses fresques tout aussi remarquables, là aussi les animaux et les plantes se côtoient avec harmonie mais aussi cette fois des figurations humaines, des femmes en particulier, vêtues de vêtements très colorés. On remarquera en particulier une fresque (assez fragmentaire, restituée) montrant des singes bleus (des macaques). Une oeuvre très connue et souvent citée en exemple de cette brillante civilisation méditerranéenne.

En repartant le matin suivant, nous décidons de faire le tour de la caldera en passant près des îlots volcaniques situés à peu près au milieu de cette grande baie. Chaotiques, noirs et bruns avec quelques calanques où gisent de gros caïques (pour le transport des touristes l’été) tels se présentent à nos yeux ébahis les îlots de Palea Kameni et Nea Kameni derniers nés de la célèbre Santorin.


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