Jeux de corps en Terre Arctique, par Julien Delime

Dans le cadre de nos échanges avec les habitants d’Akunnaaq lors de notre résidence, il m’a été donné l’occasion par deux fois de partager ma passion pour les jeux du corps. Et c’est surtout avec les enfants du village que ces échanges ont eu lieu.

Lors de la première séance consacrée à l’art du clown ils sont 6 soit quand même plus de la moitié de l’effectif total de l’école. Mes compagnon(e)s de résidence sont aussi de la partie, c’est pour certain leur première expérience avec le nez rouge.

Sans le langage articulé, les enfants ne parlant pas anglais et les adultes ne parlant pas inuit, le cours se déroule entièrement sous le signe du langage corporel ponctué d’onomatopées et de gestes signifiants. Les consignes sont simples et les jeux proposés compréhensibles par tous.

Bouger différentes parties du corps, localiser les mouvements et les points fixes dans l’espace, jouer à se sculpter et à s’imiter, tels sont nos moyens de liaisons.

Puis arrive le moment de chausser les nez de clown. Avant même d’aborder quelques exercices classiques avec ce masque, chacun réagit, souvent par le rire et les grimaces, à cette patate rouge qui vient éclairer le visage, cette protubérance vermillon qui change immédiatement notre regard sur nous-même, sur les autres, sur ce qui nous entoure.

Je vois naître dans les attitudes de chacun un certain bonheur d’être. Caché derrière ce tout petit masque le corps de mes partenaires de jeux révèlent leur poésie gestuelle, leur sensibilité, leur « petite » folie. Je jubile de voir à quel point ce masque peut libérer l’espace poétique de chacun et ouvrir l’imaginaire sans limite.

La deuxième séance se déroule uniquement avec les enfants de l’école et des 3 adultes qui les encadrent (dont le professeur). L’atelier est consacré à l’acrobatie : équilibres, contre-poids en duo, pyramides humaines et roulades. Les visages sont souriants, les cris de surprises et de vertige ponctuent les exercices, les corps exultent. Adultes et enfants partagent les mêmes sensations, la différence d’âge s’estompe avec le jeu. Parfois même les rôles sont inversés, ce sont les enfants qui montrent aux adultes qui d’habitude tiennent le rôle de celui qui transmet et possèdent le savoir, du moins dans le cadre de l’école.

Je me réjouis de voir cette joyeuse équipe rire ensemble. Le lien physique qui les unit lors de cette séance me confirme ce besoin humain d’un échange physique et pas seulement cérébral.

Le jeu participe activement au vivre ensemble.

Alors continuons de cultiver nos esprits joueurs pour en faire le terreau de nos relations aux autres.


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